Situation actuelle au Burkina Faso et positionnement d’A-B-C-D

Le contexte actuel au Burkina Faso n’est pas simple et évolue rapidement. En effet, après le coup d’État de 2022, les militaires au pouvoir ont radicalement changé les choses avec forces et détermination.

Il faut rappeler qu’ils ont pris le pouvoir avec comme objectif premier de permettre à l’armée burkinabè de lutter plus efficacement contre le terrorisme qui gangrène la région depuis plusieurs années. Aujourd’hui le pays reste en guerre pour sa reconquête du territoire national, et il convient de reconnaitre que l’effort de guerre absorbe une grande partie des ressources de l’État.
En dehors des actions purement militaires, le gouvernement a mis en place une série de restructurations et d’interventions qui cherchent à mieux intégrer la jeunesse, à lutter contre la corruption et à mettre en avant les compétences locales. Le respect de la souveraineté est devenu la ligne de conduite dans tous les domaines.
Dans le cadre de ses interventions, le gouvernement cherche également à mieux faire respecter les lois et la réglementation, et à mobiliser la population autour du projet gouvernemental. Ceci se fait parfois au travers d’actions musclées peu populaires… mais malgré tout assez bienvenues! Il s’agit en particulier d’aménagements urbains, de respect du code de la route, de questions fiscales ou encore de sensibilisation patriotique de la jeunesse.

Dans ce contexte mouvant, de nouveaux équilibres se créent ou se mettent progressivement en place. Les partenariats évoluent et les forces en présence changent. Les institutions occidentales (à ne pas confondre avec les Occidentaux…) - en particulier les institutions françaises - ne sont plus les bienvenues et divers intervenants entrent en jeu en collaboration avec le gouvernement. Des partenariats nouveaux se nouent en lien avec les besoins du pays et suivant les exigences ou les demandes du gouvernement.
Ce dernier cherche également à clarifier les enjeux et à mieux contrôler les organisations intervenant dans le pays. Dernièrement, le gouvernement a mis en place une procédure pour mettre à jour la liste des associations présentes au Burkina. De nombreuses organisations locales, fondations ou ONG ont été radiées du registre et n’ont plus le droit d’intervenir dans le pays sans demander un renouvellement de leur accréditation.
Cette démarche peut paraître cavalière et relativement osée. Elle se justifie aux yeux du gouvernement par la volonté, d’une part d’empêcher tout appui aux groupement terroristes, et d’autre part de vouloir contrôler ou mieux coordonner les actions de développement sur le territoire national.
Il est vrai que durant plusieurs décennies, des centaines d’organisations actives au Burkina Faso n’avaient que très peu de lien avec les autorités locales pourtant chargées d’encadrer et de piloter le développement local. Beaucoup de projets étaient mis en place sans aucune interaction avec les autorités et de manière parfois assez dirigiste (de haut en bas).

On peut donc comprendre en partie cette volonté du gouvernement de chercher à « faire de l’ordre » et à clarifier les enjeux en cadrant mieux les interventions derrière la politique nationale même si la méthode reste parfois quelque peu questionnable… On doit constater cependant que le soucis de contrôle systématique de toute la société a nettement affaibli la liberté d’expression et la liberté de la presse. Une seule ligne politique est décrite et à suivre, celle du gouvernement. La critique ou le questionnement sont difficilement acceptés.
La tendance mondiale vers une politique moins démocratique et plus liée à la force contribue certainement à renforcer cette modalité de gouvernance et justifie en partie les positions fortes du gouvernement actuel.

Néanmoins, - selon mon analyse -, il faut reconnaitre que les orientations principales et les actions conduites par le gouvernement sont en grande partie justifiées même si les méthodes ne sont pas toujours adéquates… On ne peut en vouloir aux jeunes dirigeants actuels de mettre l’accent sur les valeurs et dynamismes nationales et d’insister lourdement sur le respect de la souveraineté.
Le Burkina a évolué et les compétences locales existent largement. Certes, le pays a encore de forts besoins d’appui et de renforcement. Mais il s’agit de faire confiance aux savoir-faire locaux et d’accompagner les dynamiques endogènes.
Dans cette période de rééquilibrage des forces et de recomposition des partenariats, il faut espérer que le Burkina gardera la maitrise de son développement et que le remplacement des uns par les autres ne soit pas « un choix entre la peste et le choléra…. »!

Alors dans ce nouveau contexte, comment intervenir en tant qu’ONG au profit des communautés?
Il est indéniable que le Burkina reste un pays très pauvre avec de multiples besoins qui ne pourront être comblés que par des efforts internes. Le gouvernement est parfaitement conscient de l’utilité et de la nécessité de collaboration avec des organisations étrangères (associations ou ONG internationales). Les portes sont bien entendu grandes ouvertes pour accueillir des interventions en faveur des communautés, mais ces interventions doivent être transparentes et entrer dans le cadre des orientations gouvernementales.
Pour le moment - les choses peuvent évoluer…-, les organisations reconnues (inscrites et accréditées) ont une certaine marge de manœuvre pour développer leurs activités. Il s’agit d’être bien ciblé sur une ou deux problématiques clé et d’intervenir avec rigueur et respect des décisions locales.
J’ouvre ici une petite parenthèse sur la spécificité de la Suisse à ce niveau…. Depuis toujours, la Suisse – en particulier à travers la DDC (coopération au développement du DFAE) et les ONG suisses présentes au Burkina – est reconnue comme un partenaire fidèle et fiable qui respecte la souveraineté nationale et le choix des partenaires nationaux. Dans le contexte actuel, cette différence est notable et facilite grandement les interventions provenant des projets financés par la Suisse et le dialogue politique avec les autorités à tous les niveaux.
Il ne s’agit pas de profiter de cette situation mais bien de rebondir sur cette réputation pour appuyer les institutions burkinabè (gouvernement, ministères, services, …) dans ses réformes actuelles. La démocratie suisse est respectée et est considérée parfois comme un « modèle » par certains partenaires nationaux.

Cependant, il ne faut pas être naïf et se laisser embarquer dans des projets qui ne profitent pas directement aux communautés. La tendance à la centralisation et au contrôle de toutes interventions reste bien présente.
Les recommandations pour garantir des interventions pertinentes au profit des communautés restent toujours les mêmes, à savoir:

  • Choisir des partenaires locaux solides, fiables et reconnus;
  • Mettre en place une approche d’accompagnement des dynamiques locales (« bottom up») basées sur la confiance et la responsabilité;
  • Rester flexible sur les objectifs et actions à conduire en respectant les besoins locaux;
  • Être rigoureux sur la mise en œuvre et la gestion des activités.

 

L’association ABCD a ciblé ses interventions sur une population bien précise (les handicapés visuels) pour laquelle les besoins sont très importants comptes tenus du manque de moyens à disposition au niveau national. ABCD n’est pas une association reconnue au niveau du Burkina, mais ses partenaires le sont (ou sont en phase de renouvellement de leurs papiers).
Dans le contexte actuel, cette situation est tout à fait favorable et permet d’envisager des actions rapides, pertinentes et bien gérées.
Pour la suite, il conviendra de suivre avec attention l’évolution du contexte politique et en particulier de la liberté d’expression et d’action de nos partenaires.
Le Burkina est un pays jeune rempli d’énergie et d’optimisme, actuellement en phase de restructuration assez fondamentale … et passionnante! Il est d’autant plus important de rester présent et d’accompagner nos partenaires durant cette période de transition.

Guy Dériaz
Membre du comité d’ABCD