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Catégorie: Sur le terrain
Publié le 9 mars 2009
Hier soir, à Aleg, l'ardoise du bistro "chez Mimiche" proposait: maïs et taon en hors d'œuvre, le cassoulet du chef avec ses saucisses et le vin du mois, du Fanta. Comme souvent, il y a eu contestation entre le prix négocié à l'arrivée et le prix exigé au départ. Dans ces pays, il vaut mieux payer dès le marché conclu, car pendant la nuit les prix risquent de prendre l'ascenseur. Nous avons eu droit à un filet d'eau mais une petite climatisation un peu poussive nous a permis de passer une nuit somme toute agréable.
L'étape du jour qui devait initialement mener le Toyote et ses hyènes jusqu'à la frontière malienne à Nioro du Sahel sur 785 kilomètres, risque d'être raccourcie de 200, jusqu'à Ayoûn, à cause de l'état de la route et surtout à cause de l'accumulation de fatigue des chauffeurs dont les avant-bras ont déjà été mordus par le soleil. En tout état de cause, elle sera dure, chaude et sans puisque nous avons réglé son compte à la bouteille de Ricard au bivouac d'hier.
Nous avons, semble-t-il, quitté le Sahara proprement dit pour pénétrer dans le Sahel. Sur les immensités plates que notre route traverse, il y a de l'herbe sèche et des petits arbres. Mais au loin, se profilent encore des dunes. C'est comme si nous nous trouvions dans une région de transition.
Comme nous n'avons pas même eu le temps de prendre le petit déjeuner, nous stoppons le Toyote en rase campagne et Bondichéri sort son célèbre camping-gaz, Philippe son bocal de café instantané et je distribue le pain.
Les villages que nous traversons sont ici plus riches. Les maisons sont généralement construites en dur. Au fond d'un oued nous entrevoyons même un petit coin de culture maraîchère. "Merde! on a crevé!". C'est le branlebas de combat. Tout le monde descend. C'est là que l'on va vraiment voir à l'œuvre les pros de la route. Philippe, toujours trop fort, sort son matériel qui a fait dix Paris Dakar: cric, caisse à outils complète, compresseur à brancher sur l'allume cigare. Michel Gilbert et Philippe Paul soufflent comme des phoques sous le Toyote. Il fait une chaleur à crever. En une demi-heure à peine, tout est plié. Je suis vraiment bien triste de ne pas pouvoir leur servir une bière fraîche à ces rois de la mécanique. Je m'en mettrais bien aussi une derrière la cravate, même si je n'ai pas fait grand chose à part encourager et féliciter mes deux potes bien sûr. Nous voilà repartis pour de nouvelles aventures. La moyenne est bien évidemment lamentablement tombée après la pause café et notre crevaison. Trois priorités s'imposent aux trois hyènes du désert que nous sommes peu à peu devenues: réparer la roue, acheter de l'eau et faire de l'essence.
Ici, la végétation change encore, une palmeraie. Ce sont les premiers palmiers que nous rencontrons depuis Dakhla au Maroc. Nous franchissons maintenant un petit col qui traverse le massif du Tagân pour rejoindre Kiffa, la troisième ville de Mauritanie avec ses 40.000 habitants.
Nous avons réparé la roue, trouvé de l'eau, même du coca auquel Philippe trouve un léger goût de rhum. Seraient-ce les premiers effets du désert? ses premiers mirages? Seule manque toujours à l'appel: l'essence qui est vraiment très rare dans ces régions où tous les véhicules roulent au diesel. Pour rallier Kiffa, nous devons recourir au jerrican. Il ne nous reste que 47 bornes, cela devrait aller, mais s’ils sont en rupture de stock, on est vraiment mal... Philippe ralentit et s'arrête. Un chameau traverse tranquillement la route. Bondex prend des photos. Philippe baisse sa glace et s'adresse au chameau: "Ça va pas non? Ils dressent comment les chameaux ici? Chez nous cela ne se passerait pas comme ça!" C’est fin, non? Ouf! C’est bon. Après une quinzaine de stations, en voilà enfin une qui propose de la super, c'était par les poils. Oh! Que tu avais soif, mon bon Toyote, te voilà satisfait, heureux, prêt à affronter toutes les difficultés qui nous attendent encore et à partager avec tes trois hyènes, toute la joie qu'elles ont d'être ensemble à ton bord.
Compte tenu des aléas du matin et de la route très mauvaise par moment depuis Tan-tan, nous décidons de poser sac à terre à Ayoûn, dans 50 kilomètres. Les alentours de cette ville ressemblent furieusement aux paysages du far-West. L'étape du jour aura tout de même été de 570 kilomètres. De toutes les façons, nous sommes toujours dans les temps des prévisions les plus optimistes.
Aujourd'hui, petite Colinette, comme promis, Oui-oui est dans le désert. Demain, où sera-t-il? C’est une surprise. Il sera dans un nouveau pays car nous allons entrer au Mali. Est-ce que ce n'est pas le nom de ton pédiatre? Ton tonton et ses potes te foot de gros bisous et pensent très fort à toi depuis de plus en plus loin en Afrique!
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Nous avons quitté le Sahara[/caption]
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Désert rouge[/caption]
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La maison dans les dunes[/caption]
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Cours de braille pour policier[/caption]
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Bondex au boulot[/caption]
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Western couscous[/caption]
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Oui-oui a enfin chaud[/caption]
Catégorie: Sur le terrain
Publié le 9 mars 2009
Nouadhibou est une ville portuaire qui compte 120.000 habitants. Ici, 15.000 pauvres gens espèrent trouver la richesse en Europe. Ils attendent un hypothétique moyen de transport, une coquille de noix souvent, pour rejoindre au péril de leur vie les îles Canaries qui sont distantes de 500 kilomètres. Philippe, notre loup de mer, nous explique que les plus gros coups de tabac qu'il a essuyés, l'ont été dans ces régions.
Hier soir, nous nous sommes faits un peu avoir. Nous avons payé trop cher un hébergement vraiment sommaire. Cela sentait le pipi et ce matin, l'unique fenêtre du cantonnement celle de la salle de bain m'est tombée sur la gueule et l'eau chaude promise brillait par son absence. Je n'ai pas vraiment goûté à la viande de chameau qui ressemble un peu à celle de cheval en plus sauvage. Nous avons comme prévu sifflé la bouteille de petite arvine et bu quelques ricards.
Nous espérons traverser la Mauritanie en deux étapes. Aujourd'hui, le Toyote et ses trois hyènes quittent Nouadhibou pour rallier Aleg, 740 kilomètres plein sud. Le désert est partout, parsemé ça et là de tentes à quatre pans et de cabanons. La circulation est quasi nulle. Il n'y a pas un seul nuage à l'horizon. Dès maintenant, le soleil ne nous quittera plus jusqu'à Ouagadougou.
Nous sommes arrêtés au passage du train qui transporte le minerai de fer et qui rejoint Nouadhibou. A 40 kilomètres à l'heure, 164 wagons tractés par trois locomotives défilent devant le Toyote médusé. Nous allons longer maintenant le parc national du Banc d'Arguin.
Il est vraiment trop fort notre Philippe, ce génial décorateur mécanicien sur avion. Grâce à l'équivalant en points braille des lettres composant les mots "mission braille" qu'il a collés sur la portière du Toyote, un policier mauritanien vient de prendre sa première leçon de Braille. Voilà enfin un concurrant sérieux à Mouskie, la souris informatique pour apprendre le Braille dont il est l'inventeur. Au loin maintenant, des dunes qui ressemblent aux dires de Bondichéri, à mes sculptures en pierre ollaire. Dois-je prendre cela pour un compliment? Je l'ignore. De temps en temps, Philippe fait ralentir le Toyote et saute pour aller prendre des photos. Ici, c'est un troupeau de chameaux qui traverse la route, là, une succession de dunes qui ressemble à un alignement de Mouskies.
Nous changeons de configuration. Philippe prend le volant, moi, la place du mort et Bondex, le couteau suisse. Au menu: baguette, terrine du Sud-ouest et de l'eau bien sûr. Ce n'est pas tout à fait vrai. Le cuisinier Bondi en tordant à mort le sac du cubiteiner, a réussi à en tirer les dernières gouttes, les pires. Au septième contrôle du jour, j'ai le verre du surplus de l'armée marocaine à la main: "tous aux abris!" Au dixième contrôle, le policier nous demande un petit cadeau. Nous avons décidé de céder les téléphones portables qu'en dernière extrémité. Bondi cherche désespérément quelque chose dans les cartons et sort un paquet de petits beurres. Il sera dorénavant privé de dessert car il aurait au moins pu leur filer un paquet de blévita. Au prochain contrôle avec cadeau, nous leur refilerons un bocal de nutella, il paraît que c'est très bon pour soigner les maux de tête en application externe.
Nous sommes à Nouakchott. Noyés dans le trafic intense, les braves petits ânes tirent courageusement leur carriole surchargée avec tant de résignation que cela fait mal au cœur. Le marché bat son plein. Cela sent les peaux fraîchement tannées. La circulation est infernale. Cela klaxonne de partout, Toutes les voitures sont cabossées ainsi, tu vois, mon bon Toyote, avec tes creux et tes bosses, tu ne seras pas dépaysé et tu t'habitueras très vite à ta nouvelle vie au service des aveugles du Burkina. Cette fois, il commence à faire chaud, cette fois, on est vraiment en Afrique noire.
La route qui nous mène à Aleg, traverse de nombreux villages. Le principal danger, ce sont les animaux domestiques qui vont où bon leur semble. Il n'est du reste pas rare de voir ou chameau ou une vache crevés au bord d'une route étonnamment bonne sur laquelle camions et voitures roulent vite.
Après que le Toyote a dépassé les 290.000 kilomètres au compteur et 21 contrôles de police dans cette seule étape, soit en moyenne un tous les 35 kilomètres, nous sommes rendus à Aleg, une semaine après notre départ du Café de l'Ouest.
Pour toi, petite Colinouche. Tu vois, aujourd'hui Oui-oui fait le plein. Demain, tu le retrouveras dans le désert. Gros bisous de ton tonton de très loin en Afrique et de ses copains du Toyote!
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Désert de la soif[/caption]
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Oui-oui encore un peux froid[/caption]
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L’Afrique se vide[/caption]
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Courage brave bête[/caption]
Catégorie: Sur le terrain
Publié le 9 mars 2009
Je fais une courte irruption dans ce récit de voyage fort intéressant.
Voici quelques indications pour Jean-Marc, Philippe et Michel en ce qui concerne l'entrée au Burkina:
1) Douane burkinabée:
Des difficultés de dédouanement du matériel sont fort probables malgré une attestation de don. Les douaniers risquent même de poser des questions par rapport au véhicule à plaques suisses, ils sont malins… Lucien Naré a pris les devants et a informé le Ministère Social, un dossier s'est constitué et une demandé d'exonération du matos et du Toyote est déjà introduite. Je lui ai envoyé une copie de la liste du matériel et la copie du papier légalisé du minibus. Voici la valeur déclarée: véhicule CHF 8000.- = 3'200'000 FCFA et le matériel: CHF 7500.- = 3'000'000 FCFA. En cas de sérieuses difficultés à la douane on peut appeler le chargé du dossier à Ouaga, Mme Julienne Kaboré, directrice de la protection et de la promotion des handicapés au 226 50 30 82 94 ou au 226 70 27 00 80, elle est chargée de contacter la douane pour toutes difficultés. Naré me dit aussi de demander d'après Mr Bazié, chef de douande entre le Mali et le Burkina de la part du pasteur Bazémo Joany à l'église de la zone 1. (voilà pour les arrangements burkinabés...) Le No. de Lucien Naré: 226 70 72 60 10.
2) Bobo-Dioulasso
Avant de quitter Bobo-Dioulasso pour Ouaga, il faut appeler le roi Naré ou Bouba, leur dire à quel heure vous pensez arriver, une surprise royale vous attendra aux portes de la ville…
3) Dédicace:
La Bible en braille mooré sera dédicacée le 24 mars. C'est une première pour le braille en langue mooré et un évènement important pour tous les aveugles burkinabés. Les autorités étatiques et ecclésiastiques seront présentes. Alain Décoppet qui a beaucoup contribué au braille dans des langues vernaculaires apportera un message de la MEB. Il sera accompagné du directeur de Mimavision d'Yverdon qui fera un tournage et des interviews filmées pour produire un DVD professionnel de 30 minutes. Les aventuriers de la Toyota suscitent déjà un vif intérêt cinématographique… préparez-vous et laissez le Toyote avec sa poussière du Sahara! Bouba, quand à lui, cherche une église qui s'y prête pour faire une première lecture en braille mooré et qui accepte les dérangements du caméraman.
Allez, continuez avec courage, vaillants mousquetaires et à plus… Heinz Rothacher
Ci-dessous les "trois hommes intègres" qui comptent les heures…
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Le Roi Naré, heureux chevalier de l'Ordre du Mérit[/caption]
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Avec le sourire de Bouba, marié depuis peu...[/caption]
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Et le symphatique Pasteur Sam-Sung[/caption]
Catégorie: Sur le terrain
Publié le 7 mars 2009
Dakhla est une ville très touristique située sur une presqu'île. Nous avons tourné au moins une heure avant de trouver un hôtel à la mesure de nos moyens. Histoire de changer du tajine, ravioli en boîte dans la casemate. Bondi a sorti son campinggaz. Cela lui rappelle les virées sous tente avec la Doche et leurs trois fils, à Philippe Paul, ses cours de répétition et à moi, le sempiternel menu du lundi soir à l'asile des aveugles. Nous avons sifflé la bouteille de whisky pour ne pas risquer d'importer des produits prohibés en République islamique de Mauritanie. Il reste un peu de pinard dans le bidon ce qui fait dire à Philippe: "Si il était bon, il y a longtemps qu'il n'y en aurait plus!" Tout en sirotant notre whisky, Philippe et moi choisissons les photos et préparons les textes pour le blog. On entend Michel faire la tambouille et crier comme en famille: "à table!" Ce matin, petit café dans le bistro du coin qui ressemble comme beaucoup d'autres à un hall de gare, et départ. Nous venons de rejoindre la route qui va nous mener jusqu'à la frontière mauritanienne. De chaque côté, le désert, il pleuvine par moment. La couleur du sable généralement proche de celle du pantalon de Philippe, passe ici de l'ocre, au jaune, en passant par le gris presque blanc. Depuis 80 kilomètres, nous n'avons croisé que deux véhicules. Nous nous sommes fixé comme objectif du jour, Nouadhibou, la deuxième ville de Mauritanie située peu après la frontière où aboutit la voie ferrée qui achemine dans ce port le minerai de fer. D'ici là, trois difficultés, et non des moindres, nous attendent: premièrement, la sortie du Maroc, deuxièmement, un no man's land sans piste réellement tracée entre le poste frontière marocain et le mauritanien, et troisièmement, la douane mauritanienne réputée peu engageante. Mais pour ne pas transgresser les règles immuables, nous avons préparé quelques cadeaux, des téléphones portables, pour attendrir la rigueur des douaniers mauritaniens: inch'allah. Nous venons de dépasser le tropique du cancer, 23 degrés 27 minutes latitude nord, 16 degrés 1 minute longitude ouest. Dès maintenant, nous complétons jusqu'au goulot le réservoir du Toyote, aussitôt que nous apercevons une des rares stations d'essence qui ne proposent de loin pas toutes de la super. J'ai pris place à l'avant du Toyote à côté de Philippe. Bondex prépare le pique-nique à l'arrière. Il débite la viande séchée et distribue les blévita et le pinard pour lui et moi, et l'eau pour Philippe. Quelques larmes coulent dans le Toyote. Les unes de tristesse car on arrive gentiment au bout de l'excellente viande sèche de Greg (boucherie Brumann à Granges VS) et les autres de bonheur, parce qu'on parvient enfin au fond du bidon de merlot.
Désert entre Maroc et Mauritanie[/caption]
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Coucou de Oui-oui pour Colinette[/caption]
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Mosquée de Dakhla[/caption]
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Bon, on fera pipi sur la route[/caption]
Catégorie: Sur le terrain
Publié le 6 mars 2009
Le muezzin nous a réveillés à l'aube. Le repas d'hier: tajine de bœuf, pain, eau, rien de particulier, si ce n'est la sauce. Imaginez des oignons confits par une patiente cuisson à l'étouffée avec des raisins secs. Avec du pain en galette, un vrai délice. Puis un thé en actualisant le blog, un verre de pinard tiré de notre bidon de merlot et dodo, demain, le désert nous attend.
Philippe qui a été mécanicien sur avion dans ses jeunes années, bichonne le Toyote. Tout est en ordre, Goran a fait du super boulot, merci à toi ami! (garage Goran, chemin de Renens à Lausanne). Le temps de boire un café et de distribuer les rations règlementaires de dar-vida, et nous voilà partis pour une longue étape, 850 kilomètres, qui nous conduira de Tan-tan à Dakhla. Nous allons passé par Laayoune qui était, si je ne me trompe pas, la capitale du Sahara occidental, ex Maroc espagnol, avant que la région soit annexée par le royaume chérifien. Nous longeons l'océan que surplombent de hautes falaises. Il y a des creux de 4 mètres et des rouleaux aussi magnifiques qu'impressionnants.
Nous venons de traverser ce qui devait être l'ancienne frontière. Les contrôles vont certainement être encore plus fréquents du fait que nous entrons dans une zone militaire. Nous venons même de croiser un véhicule de l'ONU. Philippe conduit, j'ai pris place à l'arrière séparé de mes deux compagnons par le moteur du Toyote qui ronronne bravement. J'entends de temps à autre derrière moi, le tintement de la sonnette de fin de ligne d'une machine Perkins pour écrire le Braille.
Ils sont vraiment tordus ces policiers marocains. A croire que les contraventions représentent la seconde ressource du royaume après le tourisme. Ils placent des limitations et les radars qui vont avec, n'importe où, aux endroits où on les attend le moins. Pire encore, lorsqu'ils t'arrêtent à un des multiples contrôles, deux totalement identiques à 50 mètres l'un de l'autre à l'entrée de Laayoune, c'est pour te gauler 200 mètres plus loin lorsque tu redémarres soulagé la fleur au fusil. C'est exactement ce qui est arrivé hie à Bondex. Il ne faut pas que je me plaigne trop des contrôles puisque grâce à l'un d'eux, j'ai appris les seconds prénoms de mes acolytes: Paul pour Philippe et Gilbert pour Michel. Est-ce que ce sont vraiment là les prénoms d'une équipe qui gagne?
Au plat du jour pris en roulant: délicieux pain en galette et terrine de sanglier. On y va molo sur le pinard car il n'y a déjà plus de bière. Petits beurres comme dessert, c'est ça la vie en campagne!
Le Toyote file sur une belle route rectiligne. De chaque côté, c'est le désert. Quelques rares arbustes, un troupeau de chameaux et son berger parfois, au loin des dunes de sable et au-delà des dunes, l'océan.
Voilà, les ennuis commencent. Nous venons de nous faire arrêter, toute la troupe au poste canne blanche déployée. Il semble que ce chère Toyote ne soit pas couvert par son assurance au Maroc. C'est tout de même bizarre. Nous avons déjà été contrôlés au moins vingt fois et l'on ne nous a jamais rien demandé. Comme par hasard, le policier nous a réclamé des bières en apercevant le cadavre de la Stella Artois du mécanicien Philippe. Il faut absolument que rien de fâcheux ne nous arrive... inch'allah. Ils nous ont étonnamment laissés repartir sans payer ni assurance ni bakchich, à cause de notre but humanitaire. Je dois avouer que je ne suis pas très tranquille. Que les prières de Heinz, de Lucien Naré, de Bouba, du pasteur Samsung et de tous les autres accompagnent le Toyote et, par la même occasion, ses occupants!
Je viens d'apprendre une très triste nouvelle. Ma petite Colinette a perdu sa petite Nala. J'aimerais te dire une chose, petite Colinouche, ta petite minette Nala est montée au ciel retrouver mémé Monique, Christophe, le tonton Michel, toutes les personnes que toi et nous tous aimons beaucoup. J'aimerais encore te dire un truc. Au ciel, il y a une place réservée pour les minous. Là-bas, il y a déjà Pétolon et le minou de Marie. Tu verras, ils vont très bien s'occuper de la petite Nala. Courage petite Coline, Ton tonton qui pense très fort à toi depuis très loin en Afrique.
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Danger chameau! Non conforme au code suisse[/caption]
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Avant Layoune[/caption]
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Maison de pécheurs au Sahara[/caption]
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Après Layoune[/caption]
Un petit âne qui pense à Colinette[/caption]
Catégorie: Sur le terrain
Publié le 5 mars 2009
Hier soir à Marrakech, nous sommes tombés sur une assez bonne adresse. Excellent tajine de poulet aux olives avec riz, pas aussi merveilleux que celui de Nasser bien sûr, bon vin local, délicieux thé, chambre spacieuse mais froide, la température ne devait pas dépasser les 15 degrés et les bâtiments ne sont pas chauffés.
Ce matin, le Toyote et les trois coyotes ont repris la route. Point de chute prévu au terme de l'étape du jour, Tan-tan, en passant par Agadir après avoir franchi une chaîne de montagnes. A la sortie de Marrakech, nous savourons les derniers 50 kilomètres d'autoroute de toute notre aventure. Sur un des ponts qui enjambe le magnifique revêtement de l'autoroute en construction, un berger vêtu tel un moine, d'une longue robe brune à capuchon, pousse devant lui un troupeau de moutons.
A Chichaoua, le caissier Bondi en profite pour aller faire du change. Un policier s'approche du Toyote et demande à Philippe son permis de conduire et les papiers du véhicule. Nous n'avons malheureusement pas parqué le bus dans le bon sens, celui de la route. Le policier disparaît puis nous fait signe d'avancer. Il a déjà le papier pour nous coller dans la main. Je déplie ma canne, descend du Toyote et vais serrer la main du policier et tout s'arrange. Nous lui expliquons d'où nous venons, où nous allons et pourquoi et il déchire la contredanse. La croix suisse et la canne d'aveugle, c'est vraiment la période du blanc, font très forte impression. Lorsque le caissier Bondi sort de la banque, il aperçoit trois gars en train de deviser gaîment comme si ils ne s'étaient pas vus depuis 20 ans.
Nous attaquons la montagne. Certains sommets sont enneigés. Les camions sont si lourdement chargés qu'ils gravissent le col, raide il est vrai, à trois kilomètres à l'heure. Brave Toyote, tu es vaillant toi!
Pique-nique à bord du Toyote. Bondi que j'ai surnommé Bondex, référence à une marque de peinture, ou encore Bondichéri, à une lettre près le nom d'un ancien comptoir français des Indes, a troqué son crayon de comptable pour le couteau suisse du parfait cuisinier en campagne. Il verse le rouge dans de gros verres dont la couleur fait dire à Philippe qu'ils proviennent certainement d'un surplus de l'armée marocaine. Et bien parlons-en de notre pinard. Au début, il ne nous paraissait pas trop mauvais. Maintenant, comme constate Philippe, il tire un peu les tendons. Mais il faut faire avec. Il y a dans ce beau pays, et c'est une lapalissade, davantage de mosquées que de caves à vin!
Vous l'aurez deviné: Michel a été scout dans sa jeunesse. Louveteau, il portait le totem de "pelage soyeux" ce qui convient assez bien à un coyote. Eclaireur, il était affublé de celui de "ouistiti aboyeur" qui lui va pas mal non plus. Philippe lui, a failli entrer chez les éclaireurs simplement pour suivre une éclaireuse. Mais l'homme reste rebel à toute autorité. Moi, je n'ai fait que l'Asile des aveugles.
On nous avait bien dit qu’il y avait un policier à chaque carrefour au Maroc. Après notre aventure du matin, nous avons été contrôlés plusieurs fois et une fois de trop à 200 mètres de l’hôtel sur lequel nous allions jeter notre dévolu. 51 kilomètres à l’heure au lieu de 40, cela ne pardonne pas, 400 dirhams d’amande, 60 francs Suisse environ. A Tan-Tan, on est dans le désert. Au bord de la route des panneaux nous invitent à faire attention aux chameaux.
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Une maison au haut du col[/caption]
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La neige au sommet des Atlas[/caption]
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Au sommet du col[/caption]
Catégorie: Sur le terrain
Publié le 4 mars 2009
Le vent violent qui souffle sur Tanger contraint le Biladi à s'y reprendre à plusieurs fois pour accoster. Tout en commentant la manœuvre, Philippe, le loup de mer de l'équipe, boit du thé. Cet événement paraît tellement extraordinaire, qu'il mérite de figurer dans la chronique du jour, non?
Nous sortons enfin des entrailles suffocantes du Biladi. Les postes de douane et de contrôle se succèdent, les bakchichs aussi: (Tu donnes un p'tit billet pour Noël?) J'ignorais complètement que la naissance du petit Jésus était aussi fêtée en terre d'Islam. Des dizaines de gars dont on ignore la fonction, courent dans tous les sens, d'une voiture à l'autre, exigeant des papiers, promettant contre un billet le précieux tampon. En un mot: c'est le bordel. Ça crie de partout, ça klaxonne. On avance puis, sans savoir pourquoi, on recule pour avancer à nouveau. Il faut vraiment rester calme et se plier aux usages locaux faute de quoi, vous pouvez moisir là des heures et des heures.
C'est tout bon! Maintenant, nous fonçons par grand vent sur l'autoroute, direction Marrakech, but de l'étape du jour, via Rabat et Casablanca. Couteau suisse à la main, Michel assis à l'arrière du Toyote, distribue des tranches de viande séchée dont l'épaisseur met encore mieux en valeur le goût. Avec ça, du fromage, une rasade de rouge, du pain sec et, Michel Bühler bien sûr.
Il est vraiment brave notre Toyote. Il ronronne doux, il ne consomme lui guère plus de dix litres pour cent kilomètres. De plus, la croix suisse qu'il arbore fièrement sur sa porte avant-droite, lui a déjà facilité le franchissement de certains contrôles de police. Evidemment, il n'a pas encore été mis à rude épreuve, car les autoroutes marocaines sont excellentes.
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Arrivée à Tanger[/caption]
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Port de Tanger[/caption]
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Le pont[/caption]
Catégorie: Sur le terrain
Publié le 4 mars 2009
Nous prenons le petit déjeuner à la table qui nous a été assignée avec un Français qui sait tout et qui a tout fait. Puis on attaque les cartes: la mise à trois. La fortune est généreuse avec chacun. Cependant, il semble que Michel aurait une tournée de Ricard de plus à rincer. Après le repas de midi et une petite reposée, nous nous retrouvons au bar.
Cela tangue davantage maintenant: (Un pas en avant pour deux en arrière!) déclare Philippe portant prudemment deux verres de whisky dont le prix est moindre que celui de la bière: heureux pays. On joue la tournée à la putz. Je l'emporte 7 à 5 après avoir été mené 5 à 0. On en a un peu plein les bottes de cette traversée qui traîne en longueur.
Vivement Tanger et que les choses sérieuses commencent.
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Embarquement[/caption]
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Port de Sète[/caption]
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Jean-Marc a faim[/caption]
Catégorie: Sur le terrain
Publié le 4 mars 2009
La première nuit dans la chambrée se passe dans une certaine promiscuitée, dans la minuscule chambre du Formule 1 situé à un jet de pierre de Montélimar, la capitale du nougat. L'atmosphère de corps de garde qui règne, fait ressurgir chez Philippe quelques souvenirs de caserne et, pour ne pas faillir à la tradition, il régale la compagnie d'une petite bouteille de rouge qui tombe fort à propos, avant que nos rêves nous ramènent auprès de nos femmes restées au pays. Après un petit déjeuner pris en rang d'oignons, face au mur de la salle à manger borgne de notre Formule 1, nous partons à la chasse au cybercafé. Autant dire que cela n'a pas été facile. Et après en avoir déniché un aux environs de Nîmes, quel ne fut pas notre désarrois de ne pas pouvoir alimenter notre blog: impossible d'entrer le mot de passe. Après une heure de recherches qui m'ont plongées dans un abîme de désespoir, nous nous sommes aperçus que nous devions activer le pavé numérique pour entrer les chiffres. Finalement, tout est bien qui finit bien. Nous sommes prêts pour l'embarquement fixé à 19 heures à Sète. Les derniers achats effectués: un cubiténaire de vin rouge, de la bière, une petite bouteille de Ricard pour le fragile estomac de Philippe, une de whisky pour les souffrances de l'âme, un wagon de boîtes de conserve et deux moustiquaires, nous prenons l'autoroute pour la première fois depuis Lausanne, afin de nous installer au plus vite sur une terrasse ensoleillée. Michel s'exclame: "la mer est à notre gauche". Il fait soleil à Sète mais le mistral est frais. La terrasse sur laquelle nous dégustons un solide sandwich merguez frites arrosé de Kronemburg, représente à elle seule un curieux trait d'union entre l'Europe et l'Afrique du nord. Dans mon dos, vrombissent déjà les moteurs du Biladi, un énorme ferry, qui va faire traverser la Méditerranée à notre cher Toyote et à ses trois occupants. Ici, semble s'entasser le surplus dont les pays nantis ne veulent plus et qui pourra, espérons-le, soulager un peu la misère de ceux qui se battent pour survivre. Notre départ est retardé par une poignée de jeunes manifestants qui sont montés sans billets. Campés au pied de la cheminée, ils protestent contre l'expulsion de clandestins vraisemblablement embarqués de force sur le Biladi pour le Maroc. Je suis fatigué ce soir et je n'ai vraiment pas faim après le gigantesque sandwich ingurgité trois heures plus tôt. Je décide donc de me retirer dans la cabine à deux que je partage avec Bondi. Lorsque je me réveille vers deux heures du matin, un doux balancement nous berce.
Catégorie: Sur le terrain
Publié le 2 mars 2009
Départ des léopards! Le Toyota, 286.300 kilomètres au compteur, est chargé jusqu'à la gueule: 7 machines pour écrire le Braille, du papier pour alimenter les imprimantes de l'association pour le salut des handicapés de la vue du Burkina, des cannes blanches, etc.
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Liste du matos didactique braille[/caption]
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Permis de circulation[/caption]
Encore un grand moment d'amitié ce matin premier mars 2009 au Café de l'ouest à Lausanne. Le blanc a magnifiquement accompagné les délicieux amuse-gueule aux saveurs maghrébines que nous ont généreusement servis les patrons, Nasser et Josiane. Le prudent Nasser nous a donné des nappes du bistro pour recouvrir le précieux chargement du Toyote et ainsi le dissimuler à la vue des envieux. Il y avait pas mal d'émotion au départ de notre équipage.
Le Oui-oui que vous pouvez voir sur la photo de notre départ, ne peut que nous porter chance puisqu'il s'agit d'un cadeau de la petite Coline, la nièce de Francine de 5 ans, à Boulsa, qu'elle croit être un petit garçon alors qu'il s'agit du nom de la ville où se trouve l'école pour enfants aveugles que nous soutenons dans l'est du Burkina. Car comme dit la Colinette: (Moi, on m'a appris à partager!) Puissent ces mots pleins de chaleur et de tendresse être notre devise pour notre aventure.
Philippe graille son GPS qui perd un peu le nord. Moi, j'essaie avec bien des difficultés de faire fonctionner notre frigo. Michel est au volant et nous parle du trajet qu'il empreinte habituellement pour se rendre à Gigondas. On vient de passer non loin de la maison du Facteur Cheval. Crest dans la Drôme où nous avions l'intention de crécher et de nous restaurer, aurait dû constituer l'objectif de notre première étape. Malheureusement, pas d'hôtel. Si cela continue, comme dit la chanson, la Nationale 7 nous mènera jusqu'à Sète.
On s'écoute Gainsbourg puis les Beatles, grâce aux enregistrements qu'a réalisés mon pote Tutu et à la "cassette miracle" que m'a filée Luc, qui nous permet d'écouter mon ipod sur les enceintes du Toyote à travers son vieux lecteur de cassettes.